Champs de Mars
"Et de l'humus de leurs songes jaillirent d'inconcevables fleurs d'un éclat vibrant, d'un parfum fiévreux et altier."
I. Claudia nous a quitté.
N'ayez crainte, cessez les violons, Elle va bien. Mais Elle nous a bel et bien quitté. J'aimerais pouvoir vous dire, sans n'être à vos yeux qu'un poète de bazar, que Claudia a déserté mon Coeur - cette pompe abjecte et versatile - en y semant le trouble et en y laissant un énorme vide, que même tous les bordels de Paris ne sauraient combler, que je n'ai pas eu le temps de lui montrer qui j'étais vraiment (car à force de la dévisager j'ai du paraître pour le plus gros des imbéciles) et que son départ aura tristement clôt ma dernière année de lycée... Finis ces excquis instants où je me faisais spectateur silencieux, ...
Eh bien voilà c'est dit. Je n'ai plus qu'à me laisser choir, à me noyer dans un torrent d'alcool et à crier mon amour pour la dernière femme issue de mes passions maudites.
II. Il est dans la laideur quelque beauté que je ne saurais expliquer. Les laideurs qui tantôt vous fascinent, tantôt vous rendent fous, celles là je les recherche avec excitation. Mais que dire des laideurs que l'on ne peut supporter ? L'une de mes pire craintes, serait de devoir vivre pour le restant de mes jours dans une ville pauvre, puant la misère et la solitude. Une ville où les ruelles désertes seraient de temps en temps parcourues par de jeunes mères vêtues de pantalon cycliste, de tee-shirt xxl et de bottes en faux cuir, promenant leur bambin dans une poussette datant de l'avant-guerre. Une ville où les bistrots duchnots seraient le refuge d'un pléthore d'ivrognes et de coculs finis, évoluant (et ceci est un bien grand mot) dans une atmosphère irrespirable de tabac froid et de pisse chaude. Ah oui, cela m'obsède.
III. Parfois les prénoms me fascinent. J'y puise un je-ne-sais-quoi de terriblement beau qui m'ouvre les voies de la pensée et de l'inspiration. Pénélope, Corinthe, Anthéa, Palmyre, Eurydice, Vénus, Céleste, Diamante, Perséphone, Paris (hélas, nous devrons y renoncer à jamais) sont des noms que j'affectionne tout particulièrement. Tout comme Pallas, Callyste, Ambrose, Narcisse ou Elias. Mythologie.
A défaut de créer l'Homme, le prénom contribue a lui forger une personnalité. Et ce n'est pas en s'appelant Nicolas, Julie ou Virginie que l'on parviendra à émerger de la foule silencieuse (à moins d'être Différent de nature - avec un grand D s'il-vous-plaît). Il faut cependant veiller à faire la part des choses. Appeler sa fille Peggy est certes assez original. Mais ca craint. C'est la vouer à une éternelle image de truie criarde et chevelue. Gardez cela en mémoire.
IV. Plus que jamais j'ai à l'esprit l'idée que le souci d'émergence a atteint son paroxysme dans l'esprit des jeunes. Ceux-ci ne désirent plus rester dans l'ombre et évoluer dans cette ignorance presque étouffante. Le jeune veut goûter au luxe et à la gloire. Le jeune veut s'élever. Le jeune veut toucher la lumière et donner un sens à son existence misérable. Il n'est rien de plus légitime que cela. Malheureusement, cette ambition empoisonne et ruine parfois l'esprit des plus utopiques. J'en suis le parfait exemple.
V. Je me prédis une fin précoce.
Les ploiements de mon âme m'irritent de plus en plus. Je me sens las de je ne sais quelle attente. Les yeux me picotent. J'aime cela. Trésors malsains et préfet des grâces sont les derniers mots qui me sont venus à l'esprit, même si "préfet des grâces", je vous l'accorde, ne veut strictement rien dire.
