251209

Madhouse

Madhouse, Rihanna

191209

“ Ne vous attardez pas à la fenêtre, à cause de la maison d'en face qui est hantée.

Ghost of Love, David Lynch

Cette fois-ci, A. a péri sous le coton de mon oreiller sans opposer de résistance. Je ne sais plus ce qu'il s'est passé ensuite. Je me suis réveillé dans l'urgence, suis resté trente minutes sous une douche brûlante à tenter de me remémorer les infimes détails de ce rêve criminel et ai mis trois heures à chercher quoi mettre. Caban gris, cravate et bottines cirées. Le thé était fade.

C'est grisant une ville sous la neige. On ne distingue plus les routes des trottoirs et le paysage urbain se meut en plaine sibérienne. Mais ce n'est agréable qu'au travers d'une vitre car bordel, je ne me suis jamais autant gelé les couilles que cet hiver.

L'exil à la campagne m'a semblé une bonne alternative pour préparer mes examens dans la quiétude (quelle bonne blague). Nous fêterons le Réveillon en famille, comme jadis, lorsque mes parents fourraient la dinde en se gueulant dessus et que, mon frère et moi, nous enfilions toute la série des Tales of the Crypt en nous gavant de cookies. J'ai du mal à trouver le sommeil. Je ne sais vers quel côté me tourner, sur quel flanc me coucher. Vers la porte fermée que je redoute de voir s'ouvrir à la volée (Paranormal Activity), ou vers l'obscurité de la grande salle de bain ouverte sur la chambre (The Shining) ? Lorsque je me mets sur le dos, c'est le bois attenant au domaine qui me fait face (The Blair Witch Project). On y enterre des gens clandestinement, on y chasse, on s'y promène pour se retrouver seul avec soi-même et on y fait l'amour en été. Ma conception primale de la chose. J'aime dormir sur le ventre, le sexe calé et au chaud mais cette position "au séant offert" nous rend vulnérable (Irréversible). La maison date du début du siècle. Des gens sont morts en ces murs et ni la peinture nouvelle, ni le parquet neuf ou les flamboyants éclairages ne me feront oublier les spasmes de l'agonie et la froideur d'un corps qui ne vit plus.

131209

Les Névroses

La Morgue

Ceux que l’œil du public outrage,
— Noyés, pendus, assassinés, —
Ils sont là, derrière un vitrage,
Sur des lits de marbre inclinés.

Des robinets de cuivre sale
Font leur bruit monotone et froid
Au fond de la terrible salle.
Pleine de silence et d’effroi.

À la voûte, un tas de défroques
Pend, signalement empesté :
Haillons sinistres et baroques
Où plus d’un mort a fermenté !

Visages gonflés et difformes ;
Crânes aplatis ou fendus ;
Torses criblés, ventres énormes,
Cous tranchés et membres tordus :

Ils reposent comme des masses,
Trop putréfiés pour Clamart,
Ébauchant toutes les grimaces
De l’enfer et du cauchemar.

Mais c’est de l'horreur émouvante,
Car ils ont gardé dans la mort
La détresse de l’épouvante
Et la révolte du remord.

Et dans une stupeur qui navre,
Le regard fixe et sans éclat,
Maint grand et maint petit cadavre
Semblent s’étonner d’être là.

C’est que, vierges et courtisanes,
Ceux des palais et des taudis,
Citadines et paysannes,
Les mendiants et les dandys,

Tous, pleins de faim on pleins de morgue,
Lorsqu’ils périssent inconnus,
Sont mis à l'étal de la Morgue,
Côte à côte, sanglants et nus !

Et la foule âpre et curieuse
Vient lorgner ces spectres hideux,
Et s’en va, bruyante et rieuse,
Causant de tout, excepté d’eux.

Mais ils sont la chère pâture
De mes regards hallucinés.
— Et je plains votre pourriture,
Ô Cadavres infortunés !

Maurice Rollinat Les Névroses

301109

“ Tu ne me veux pas en rêve, Tu m'auras en cauchemar !

Mes finances se portent mieux. Je dépense et j'encaisse comme une maquerelle. L'hiver dernier, j'adoptais le borsalino. Cette année, j'opterai pour le béret et le néo-melon (oui parce que ça a la forme d'un chapeau melon sans en être tout à fait un). Après ma collection de vestons, de lunettes et de vieux tickets de caisse, (j'ai avorté celle des noeuds papillons), je crois que je vais débuter celle des bottines et autres combat boots. Nouvelle obsession nettement moins économique, certes. J'en ai donc dénichée une paire en cuir brun semblable à celles ci dessous (quelqu'un a d'ailleurs une idée pour que je puisse les teindre en un noir ultra shine?) ainsi qu'une autre en daim gris taupe.

Je noie mon dégoût dans la vodka orange et la masturbation hardcore mais j'ai soudainement envie de retomber en enfance, là tout de suite, et de me goinfrer de crêpes devant Le Silence des Agneaux, Le Choc des Titans ou The Birds, ces films qui m'ont bercé alors que j'étais encore vertueux. Il faudrait que je cesse de me plaindre ; je préfère écouter les autres le faire, ou leur faire croire que leur désespoir m'intéresse alors que seule importe ma propre survie (c'est un chant bien consolant que celui des tourmants d'autrui).

Certains s'inquiètent du célibat, de l'amour - le vrai - qui tarde à se pointer. Je ne le cherche pas car il m'effraie. Je suis plutôt "passions inaccessibles, étranges ou immorales. Je m'installe à tes côtés, te convoite comme un amant obscène et tu ne te doutes de rien. Ma semence sur ton corps et ma langue sur ton sexe". J'aimerais avoir le don qu'ont certains à se donner à tout ce qui est à leur portée, sans effort, sans désir instillé, par simple crainte de se retrouver seuls. C'est, pour ma part, impossible ; je suis d'une complexité à vomir et ma mécanique me l'interdit. Je suis né ainsi.

Achevé un recueil de nouvelles de Prosper Mérimée* et puis Dragon Rouge qui m'a vraiment plu (je l'ai trouvé touchant, moi, Francis Dolarhyde)(les sociopathes sont des êtres sensibles).

Cela fait des lustres que je n'ai plus visionné de film correct. Il me tarde de voir Le Ruban Blanc d'Haneke. Et puis je ne cracherai pas sur l'histoire de ce couple américain planplan qui voit ses nuits agitées par les manifestions de poltergeists surexcités. C'est aussi tentant qu'une journée porte ouverte à la morgue un lendemain de fête. Le spiritisme, les esprits frappeurs et les viols sauvages par des forces invisibles, c'est mon péché mignon.

* J'avais oublié le formidable passage d'Alphonse de Peyrehorade, retrouvé mort broyé entre les seins glacés de la Vénus d'Ille. 

161109

Suicidal Mind

Non, ça ne va pas. J'attrape des maux de crâne atroces. Je ne sais si ce problème vient de mes breathplays, de mes yeux qui faiblissent ou de mes coups de spleen chroniques. La fac et ses étudiants m'ennuient autant que dix minutes de Meet Joe Black (la coloration de Brad). Il s'est passé beaucoup de choses ces derniers jours mais je n'ai pas envie d'en écrire davantage. Je ne veux pas que l'on me jette en pâture, que l'on me salisse, que toute cette affaire soit étalée sur la place publique mais je vais vite clore cette phrase bien parodique avant que l'on me prenne au sérieux. Sérieusement, j'ai l'impression d'être complètement à l'agonie. J'aimerais pouvoir en parler parce qu'il est assez difficile (et pathétique) de pleurer sur son sort quotidiennement sans jamais pouvoir exorciser un mal et puis surtout parce qu'il y a des choses beaucoup plus horribles dans la vie (la collection Jimmy Choo pour Hennes & Mauritz). Je n'ai même plus envie de me masturber, ni d'écrire, ni de lire. La seule chose que je désire risque d'être impossible à obtenir. Am I in love ? Possible. Et je déteste cela.

Je fais médecine pour devenir psychiatre (ou chirurgien esthétique). La science la plus obscure qui soit. L'atmosphère glauque des asiles me plaît davantage que celle des urgences d'un bel hopital. Asylum dans la langue de Shakespeare, n'est-ce pas franchement fabuleux ? L'on dit souvent que les psychiatres sont eux même complètement dingues. Si je devais prendre mon propre cas, je répondrais par l'affirmative. Je suis atteint de psychopathologie latente et je vénère Hannibal Lecter. J'imagine que cela me permettrait de m'éclairer sur ce que je suis vraiment car on ne se connaît jamais assez.

J'ai failli me faire renverser par un corbillard il y a deux semaines. Absolument épique. Ces voitures funèbres ne devraient être conduites que par des gens beaux.

Adieu.

221009

Codex

Rihanna, Russian Roulette

J'admets avoir du mal à m'entendre avec les gens qui n'ont pas le même humour que moi, qui ne me ressemblent en aucune manière ou pire : qui n'aiment pas ce que j'adore. C'est assez pathétique. Mais c'est surtout handicapant au quotidien. Quoi de plus difficile que de cottoyer des personnages que l'on ne tolère que par courtoisie ? Je prends donc sur moi, même si la tentative échoue dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas.

Cet endroit n'est plus très sûr. Alors que ma famille semble s'en être détourné (thank's God), je constate qu'une autre partie de mes connaissances me lisent régulièrement. Pages publiques et adresse affichée un peu partout ; je ne peux leur en tenir rigueur. En leur hommage, cette note sera donc ponctuée d'anecdotes qui satisferont leur appétit de gossip people. (Je me suis enroulé avec la Fille Trash.)

Vendredi dernier, sur la plaque tournante du Mirano, je regardais S. et S. embrasser à tour de rôle un cageot qui se laissait prendre, la face béate, comme un mannequin désarticulé, tandis que N. me donnait des coups de coude en me gueulant dans l'oreille : "Allé, si tu l'embrasses, je l'embrasse." Cela me fait tellement de peine, ces gens que l'on prend pour des bêtes de foire.

Plus qu'une semaine avant la fête des Morts ! Cette sacro-sainte période, empreinte de mélancolie, de morbicité érotique et de silences recueillis est une des périodes de l'année que je préfère. Cela risque d'être drôle et humide. (T. arbore une brune chevelure.) Je compte me déguiser en (le suspens est-il de mise ?) vampire 'punk' de la haute (j'aime inventer de nouveaux concepts). Pour être franc; je n'aurais de punk que les blacks nails, smoky eyes, combat boots & studded accessories. Trop précieux je suis. (ce ge su s ver des Je.) Et vous, quel sera votre grimage ?

J'ajoute le rhum pur à ma liste noire des alcools (avec le whisky tiède). (Le jus de pomme, aussi, me donne la nausée.) La musique avait beau être appréciable, la décoration et la serveuse aussi, mais plus jamais de Daïquiri dans une rhumerie authentique je ne commanderai. (Je pratique des jeux érotiques dangereux.) Par contre, tout à l'heure, j'ai bu le meilleur jus de pamplemousse rose de ma entire life. 

101009

2546

poleyluard2poleyluard1

Dans la mythologie romaine, Libitina était la déesse des funérailles, celle qui veillait à leur bon déroulement. On la confondait souvent avec Vénus à cause de la ressemblance entre libitina et libido. C'est tout bonnement exquis, pour ma part, de sans cesse mêler l'amour et la mort. Liés pour l'éternité comme le ciel couronne la terre, comme le vin diffuse dans l'eau, comme la bite palpite dans le vagin, hybrides, états indissociables. J'adore.

(Ai échangé trois mots avec T. Et puis T. m'a souri. J'ai cru un instant que son sourire ne me plaisait pas et que j'en étais enfin débarrassé(e) par pure déception, mais après avoir fait jouer mon regard à nouveau avec la discrétion qui me caractérise, j'ai constaté qu'il était solaire. Jolies dents, jolie voix. T. n'a pas de très bons goûts vestimentaires mais sa physionomie bien faite rattrape la chose et m'en rince l'esprit.)

Je m'ennuie terriblement. Les gens se posent beaucoup de questions à mon sujet (qui est T. ?), je suis le maître de l'ambiguité. Ma verge crie famine, j'ai un retard monstre dans mes cours, l'estomac plein d'alcool et je n'ai pas écrit depuis deux semaines ce qui est mal, très mal. Octave est en moi. Enfin pas physiquement (dommage) mais comme lui, j'ai pris l'habitude en observant les gens d'imaginer leur aspect sur une table mortuaire. Certains sont faits pour la Mort. Ou pour son esthétisme tout du moins. 

J'ai beaucoup aimé le défilé Lanvin. YSL m'a quelque peu déçu mais je lui montre toujours grand respect. Ces maisons m'inspirent et j'aime imaginer que Pilati, Elbaz ou Tisci habilleront un jour mes personnages une fois mon bouquin adapté au cinéma (ambition personnelle, sans réelle prétention).

nb : Je n'ai plus rien à lire, c'est affreux. Alors j'ai pris Dragon Rouge de Richard Harris au hasard (mensonge éhonté) dans la bibliothèque afin de me sustenter temporairement et d'en savoir peut-être un peu plus sur le Dr. Hannibal Lecter, mon idole de jeunesse. Mais l'écriture est tellement à mille lieues de ce que je lis à l'habitude que j'en ai les paupières qui trémulent.

300909

Intimi Animi Sensus.

diffraction1

The xx, Infinity

Fail ! I'm sick sick sick. & everybody knows that's not good to be sick in these dark ages. Je larmoire comme un mélancolique maladif, me paie des cernes de ghostwriter acharné et affiche un teint farineux très peu seyant. Seul point positif : ma voix d'outre-tombe. Je suis une créature sensible et fragile. Je rêve souvent que je tue Adonis. Depuis quelques années déjà, et cela n'est pas désagréable. Il y a deux nuits, ce fut à l'aide d'un cordon violet, enroulé autour de sa gorge. Quelle est cette part sombre qui sommeille en moi ? Que signifient ces pulsions morbides, onirisme macabre ou désirs latents que je préférerais tout de même noyer dans les flots putréfiés de ma conscience, question de tranquilité ou de discrétion. La société n'a que peu de tolérance envers les amoureux de la Mort.

Me suis offert une longue veste noire au col en cuir (qui semble satiné lorsqu'on le regarde de loin), un veston rouge violaçé et irisé comme les élytres d'un Scarabaeoidea ainsi qu'une paire de solaires au design Lemtosh. Il n'y a que ces choses là qui purent réconforter le pauvre homme que je fus depuis l'achèvement de La Mort de C. et du Sommeil de la Raison, ouvrages troublants comme jamais (lire la nouvelle : "Le Ventre" !) mais bien loins de m'avoir offert les plaisirs arcaniques et obscènes du Nécrophile ou de Sérénissime Assassinat.

La personne sexuellement attractive dont je twittais l'existence à la faculté est VRAIMENT sexuellement attractive. Point d'emphase, je ne lui ai encore vu aucun défaut et cela me tourmente. Quel chagrin de savoir qu'elle approche dangereusement d'une perfection que j'ai toujours considérée comme oppressante. J'aimerais que quelque chose, un détail aussi infîme soit-il (une dent gâtée), vienne m'en saboter la vue, m'inspire dégoût et indifférence afin que je m'en détourne car mes pensées sont uniquement dirigées vers cet individu qui rayonne trop égoïstement. Non mais la race de créatures hypnotiques à laquelle elle appartient se rend-elle compte du pouvoir putainement sadique qu'elle exerce sur autrui, de toutes les cruelles inclinations qu'elle engendre ? Au vu de son apathie et de son aveuglement, j'aurais tendance à penser que non. Quoi qu'il en soit, et pour plus de sûreté, nous la - cette personne - nommerons platement T.

T. comme tourments, torture et tentation (je n'ai pas trouvé plus niais). T. comme tacitus. Demain, je m'en vais à nouveau contempler l'ombre de T. comme un gros goret plein de vice.

150909

Boring Day

vg

Quelqu'un est arrivé ici en tapant : "Le beau mec de l'amphi est-il gay ?"

J'aurais envie de répondre : "Probablement et comme toujours : oui."

En parlant d'amphithéâtre et de beauté : ma promotion m'a déprimé pour les cent années à venir. Que de têtes de cons, que de fadeur, que de blondeur ! (Dieu seul sait combien je déteste les gens blonds)(j'exagère)(mais je préfère les bruns personnages, au centuple).

Ces étudiants, que j'avais snobés l'année dernière, n'ont aucun attrait physique, sont sans éclat, semblent avoir un humour ennuyant à mourir et pire que tout : rient aux blagues bidonnes des enseignants, chose que je me suis toujours refusé de faire, par pure dignité, même lorsque le "trait d'esprit" s'avérait drôle.

Anecdote ridicule. Aujourd'hui, 9:30 am : Le prof d'anatomie reparle vaguement d'hernie discale et de trou de conjugaison. Sa langue fourche délicieusement sur le deuxième mot. Trou de cul-jugaison, qu'il dit. Gloussement guttural : le regard abaissé sur mes feuilles gribouillées par ennui d'inquiétants cercles à la Samara Morgan, la main dans les cheveux pour simuler l'indifférence, je ris comme une maquerelle, dans un feint silence. (...) Je suis le seul avec Niobé. Peste soit de ces enfants de putain.

060909

Passeggiata

cr

Röyksopp - What Else Is There (Ministry of Sound Remix)

 Ce sont des funérailles sans pompe ni splendeur. Le cortège funèbre glisse sur une eau verte et opaque comme le lierre, entre de rouges façades écorchées. Le soleil qui allume la tête de lion à l'avant du catafalque, dévore la flamme des cierges. Des gens se penchent aux fenêtres pour mieux entendre les orphelines de la Pietà, debout dans une grande barque et demi cachées sous le ninzoletto qui du dos leur revient par-dessus la tête, chanter le Miserere en double choeur, à la manière d'Adrien Willaert. On ne voit rien des autres assistants, tapis sous le secret de la felze et dont les gondoles suivent l'embarcation funèbre.

Sérénissime Assassinat, Gabrielle Wittkop

Sérénissime Assassinat est vraiment dérangeant. Enfin, il est d'un baroque glauque, raffiné, tragique et nébuleux, exactement comme j'aime que mes lectures soient alors je ne peux qu'en jouir. Mais il m'a flanqué une sorte de poids à l'estomac, tout à l'heure, alors que je m'enfonçais dans les labyrinthiques boyaux de la terre (le métro). C'est dire. Gabrielle Wittkop était une bien sacrée dame (saphiste et suicidaire). Je suis allé chercher les deux autres livres que j'avais commandé, La Mort de C. et Le Sommeil de la Raison afin de compléter ma collection. 

Depuis une nuit, je reprends goût à la vie. Non pas pour avoir trouvé l'amour (je ne le cherche même plus) ou pour avoir enfin réussi à forcer clandestinement les portes grises de la morgue mais bien pour une toute autre raison dont je ne vous ferai pas part (ha !).

Je ne sais quoi faire du tout nouveau temps libre qu'il me reste avant la reprise des cours dans trois semaines, avant les cadavres humides et les dissections, avant les nouvelles amoures, la découverte de tous les nouveaux faciès du campus (et des fantasmes interdits qui s'ensuivent). Je mourrai peut-être aussi à la fin de l'année. Les spécialistes prévoient quelques quatre mille morts (je les trouve un peu excessifs) après le passage de vous-savez-quoi, cette chose dont les médias parlent tant mais dont je me fiche éperdument. J'espère simplement un trépas plus glamour.

J'ai donc passé ces deux premiers jours à lire, à écrire, à errer sans but réel dans les dédales de la ville et à (me) toucher quand j'en avais encore les forces physique et mentale. J'aimerais revoir l'océan la nuit, quand on n'entend plus que son ressac hypnotique, savourer la saveur vénéneuse de l'air du sud et les réveils non plus agités et qui vous tenaillent les entrailles, mais parfumés de la fraîche eau de Cologne et du thé qui fume dans les tasses précieuses. Je suis à deux doigts de me prendre un billet afin d'aller relaxer ce corps fourbu et ces neurones qui n'ont cessé de flamboyer. Je crois que je vais le faire. Oui je vais le faire. Je suis en manque d'eau de mer, d'érection sur le sable chaud, d'ombrelles immaculées et de breuvages polychromes et glacés.   


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