291009

Memento Mori, (Carnet Noir), V

« Ici tout est mensonge, tout est rêve, tout est différent de ce qu'il paraît. »

Nikolaï Vassilievitch Gogol

The XX, Fantasy

Je les tue par plaisir ou par amour. L’égoïsme d’un seul précipite les innocents dans ces abîmes de légende. Le gondolier des morts émerge des brumes ; large embarcation d’ébène vernie de sang noir qui fend les flots goudronneux du Styx. Ils accostent sur des rives auxquelles je n’arrive pas à apposer un nom. Terre de suie. Comme moi, ils errent sur ces plaines que l’on imagine sombres et arides, balayées par des vents dans lesquels on suffoque, animées de tempêtes de soufre. Fallacieuse promesse que je leur fait. Mensonge. Gagnez le Royaume de Repos sinon je meurs.

Elle entre dans la chambre comme un spectre de chair, marquant le sol de ses escarpins de daim noir, corsetée dans une robe de cuir mat, comme une seconde peau. Elle ressemble beaucoup à Pénélope, avec ces longues jambes, sa belle poitrine et son abondante chevelure noire. Le creux de son bras gauche est violet, clairsemé de piqures d’aiguilles. Elle tente de les dissimuler. Sa démarche est hésitante. Quel âge doit-elle avoir ? Mon regard reste suspendu dans le vide l’espace de quelques secondes. Fenêtres grandes ouvertes sur la Néva. Un homme se suicide ce soir, distille un fragment de lui-même dans les eaux du fleuve centenaire. Seuls témoins de sa chute, la souveraine lune blanche et les dépouilles dissoutes de tous les autres noyés. Elle détourne ses grands yeux gris, pose son sac sur la commode puis passe les bras derrière le dos. Petite tirette noire qui s’abaisse dans un grincement fin d’insecte. Apparaissent deux seins blancs et fermes comme auréolés de lumière, symétriques, hypnotiques. Elle me fait face puis vient s’installer à mes côtés dans un déhanché de succube. Elle déboutonne le col de ma chemise, me dénude, baise mes épaules, redescend jusqu’à la taille et je la laisse faire. Elle répète des gestes qu’elle a du faire des centaines de fois. Bonne élève. Tintement des boucles de la ceinture qui s’écrase sur le parquet en une ombre serpentine. Sa bouche me frôle le sexe, puis l’engouffre, le suce et le masse. Je m’affale sur le lit les bras en croix, livré à elle. Elle passe une jambe par-dessus les miennes, me chevauche. Sa robe de cuir virevolte et s’écrase contre le miroir aux coins brisés dans lequel nous nous reflétons comme deux vers luisants.

Je n’éprouve aucun plaisir. Je ferme les yeux, tente de saisir à nouveau le visage de Pénélope dans ce puits de pétrole qu’est mon esprit, afin de l’apposer sur celui de la pute que je besogne avec dégoût. Dégoût qui ne vient pas de ce corps extenué, blessé et complètement vide, mais de moi-même, de ce que je deviens dans la plus totale perte de raison. Je la fais coucher sur le dos et redouble d’ardeur, enfouissant mon visage dans ses cheveux qui ne sentent rien, ma poitrine écrasée contre la sienne, si bonne et étrangement froide. Nos souffles, nos craintes, notre solitude. « Est-ce que je te fais mal ? » « Non », lâche-t-elle dans un murmure. Et pourtant je sais que je lui fais mal. Toujours ces grouillements infects qui tonnent dans mes oreilles. J’imagine ma queue enfournée dans une fosse d’asticots blanchâtres. Je pose mes lèvres sur sa gorge fragile, je me fais plus doux. Synchronicité subite d’amants. Grouillement pâteux de vers. Mes dents raclent les grains de sa peau, comme le fil d’un rasoir sur la porcelaine d’une poupée brisée. Elle se contracte, se cambre alors que mon sexe semble s’être enraciné en elle. Petite perle rouge qui goutte, qui dévale la pente douce de sa gorge, que je capture du bout de la langue. Métal et sel noir. Je suis en elle et elle est en moi. J’ensemence cette morne matrice de mon venin stérile.

« Tu es belle. Quel est ton nom ? »

« Annette. Mais les gens ici m'appellent Sveta. »

« Je préfère Annette. » Elle sourit. Je lui tends l’équivalent de deux mille euros. Elle regarde l’argent dans ma main comme si cela avait été une paire de couilles.

Son goût sur mon palais. Pellicule de sang sur mes lèvres.

« Tu dois t’en aller à présent. »

Virginio Bruni Tedeschi

Carla & son frère Virginio Bruni Tedeschi, mort en deux-mille six d'un cancer.

281009

Rated R

Can't wait.

261009

It reminds me, II

1. Unknown 2. William Butler Yeats

251009

AnOtherMan

Arthur Daniyarov, "The dark knight becomes the urban antihero". AnOtherMan.

thefashionspot.com

221009

Codex

Rihanna, Russian Roulette

J'admets avoir du mal à m'entendre avec les gens qui n'ont pas le même humour que moi, qui ne me ressemblent en aucune manière ou pire : qui n'aiment pas ce que j'adore. C'est assez pathétique. Mais c'est surtout handicapant au quotidien. Quoi de plus difficile que de cottoyer des personnages que l'on ne tolère que par courtoisie ? Je prends donc sur moi, même si la tentative échoue dans quatre-vingt-quinze pour cent des cas.

Cet endroit n'est plus très sûr. Alors que ma famille semble s'en être détourné (thank's God), je constate qu'une autre partie de mes connaissances me lisent régulièrement. Pages publiques et adresse affichée un peu partout ; je ne peux leur en tenir rigueur. En leur hommage, cette note sera donc ponctuée d'anecdotes qui satisferont leur appétit de gossip people. (Je me suis enroulé avec la Fille Trash.)

Vendredi dernier, sur la plaque tournante du Mirano, je regardais S. et S. embrasser à tour de rôle un cageot qui se laissait prendre, la face béate, comme un mannequin désarticulé, tandis que N. me donnait des coups de coude en me gueulant dans l'oreille : "Allé, si tu l'embrasses, je l'embrasse." Cela me fait tellement de peine, ces gens que l'on prend pour des bêtes de foire.

Plus qu'une semaine avant la fête des Morts ! Cette sacro-sainte période, empreinte de mélancolie, de morbicité érotique et de silences recueillis est une des périodes de l'année que je préfère. Cela risque d'être drôle et humide. (T. arbore une brune chevelure.) Je compte me déguiser en (le suspens est-il de mise ?) vampire 'punk' de la haute (j'aime inventer de nouveaux concepts). Pour être franc; je n'aurais de punk que les blacks nails, smoky eyes, combat boots & studded accessories. Trop précieux je suis. (ce ge su s ver des Je.) Et vous, quel sera votre grimage ?

J'ajoute le rhum pur à ma liste noire des alcools (avec la vodka rouge et le whisky tiède). (Le jus de pomme, aussi, me donne la nausée.) La musique avait beau être appréciable, la décoration et la serveuse aussi, mais plus jamais de Daïquiri dans une rhumerie authentique je ne commanderai. (Je pratique des jeux érotiques dangereux.) Par contre, tout à l'heure, j'ai bu le meilleur jus de pamplemousse rose de ma entire life. 

191009

HA, (Part I)

Ben Weller, 10 Men Magazine.

thefashionspot.com

171009

Lara

Lara Stone for Vogue Paris, Steve Klein.

thefashionspot.com

151009

Tim Hamilton, SS 2010

vogue.com

101009

2546

poleyluard2poleyluard1

Dans la mythologie romaine, Libitina était la déesse des funérailles, celle qui veillait à leur bon déroulement. On la confondait souvent avec Vénus à cause de la ressemblance entre libitina et libido. C'est tout bonnement exquis, pour ma part, de sans cesse mêler l'amour et la mort. Liés pour l'éternité comme le ciel couronne la terre, comme le vin diffuse dans l'eau, comme la bite palpite dans le vagin, hybrides, états indissociables. J'adore.

(Ai échangé trois mots avec T. Et puis T. m'a souri. J'ai cru un instant que son sourire ne me plaisait pas et que j'en étais enfin débarrassé(e) par pure déception, mais après avoir fait jouer mon regard à nouveau avec la discrétion qui me caractérise, j'ai constaté qu'il était solaire. Jolies dents, jolie voix. T. n'a pas de très bons goûts vestimentaires mais sa physionomie bien faite rattrape la chose et m'en rince l'esprit.)

Je m'ennuie terriblement. Les gens se posent beaucoup de questions à mon sujet (qui est T. ?), je suis le maître de l'ambiguité. Ma verge crie famine, j'ai un retard monstre dans mes cours, l'estomac plein d'alcool et je n'ai pas écrit depuis deux semaines ce qui est mal, très mal. Octave est en moi. Enfin pas physiquement (dommage) mais comme lui, j'ai pris l'habitude en observant les gens d'imaginer leur aspect sur une table mortuaire. Certains sont faits pour la Mort. Ou pour son esthétisme tout du moins. 

J'ai beaucoup aimé le défilé Lanvin. YSL m'a quelque peu déçu mais je lui montre toujours grand respect. Ces maisons m'inspirent et j'aime imaginer que Pilati, Elbaz ou Tisci habilleront un jour mes personnages une fois mon bouquin adapté au cinéma (ambition personnelle, sans réelle prétention).

nb : Je n'ai plus rien à lire, c'est affreux. Alors j'ai pris Dragon Rouge de Richard Harris au hasard (mensonge éhonté) dans la bibliothèque afin de me sustenter temporairement et d'en savoir peut-être un peu plus sur le Dr. Hannibal Lecter, mon idole de jeunesse. Mais l'écriture est tellement à mille lieues de ce que je lis à l'habitude que j'en ai les paupières qui trémulent.


== Publicité ==


« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »