080709

Lanvin, SS 2010

via catwalking

040709

L'Enfer

Dante et Virgile en Enfer, William Bouguereau (1850).

On ne peut résister aux oeuvres du peintre tant elles sont parfaites. J'y vois ici sans doute le plus sombre de ses tableaux, emplein de réalisme, d'éclat, de brutalité presque érotique. Seul Virgile semble s'intéresser à la scène de "mise à mort" (ou de torture il est vrai, car on ne peut tuer quelqu'un qui est déjà trépassé), vampire infernal contre damné. Le regard de Dante (au profil délicieux) est, quant à lui, fixé au loin. Pourquoi ? On s'en fout.

Pour rappel ; le poète italien, Dante, débute son périple initiatique dans les Enfers, accompagné du philosophe Virgile. Enfers qui sont, par ailleurs, construits comme une sorte d'abîme gigantesque en forme d'entonnoir, divisé en neuf cercles au niveau desquels sont envoyées les âmes pêcheresses. Elles y subissent les châtiments - souvent corrélés aux fautes qu'elles ont commises - qui sont d'autant plus horribles et pénibles que l'on descent vers le fond de ce royaume souterrain. La lecture m'a quelque peu troublé. Rien que le fait de ne pas avoir été baptisé me fait valoir une place dans le premier cercle...Il faut avouer que je suis un peu effrayé pour la suite.

Dante les traversera donc tous jusqu'à la demeure de Lucifer et gagnera ensuite le Purgatoire, montagne qu'escaladent les morts qui se sont repentis. Il y fera la rencontre de Béatrice qui le mènera enfin aux portes du Paradis. 

La Divine Comédie : L’Enfer - Chant XIII

(...)

Lorsqu'une âme trop fière est enfin séparée ;
du corps dont elle s'est elle-même arrachée,
Minos la précipite au septième des cercles.

Elle tombe en ce bois, mais sans choisir sa place,
au point où le hasard l'a voulu projeter,
et finit par germer, pareille au grain d'épeautre.

Un rejeton en sort, qui devient bientôt arbre ;
et, en venant ronger ses feuilles, les Harpies
ouvrent un seul chemin à la peine et aux pleurs.

Nous aussi, nous irons chercher notre dépouille,
mais sans qu'aucun de nous s'en puisse revêtir,
car on ne peut ravoir ce qu'on jette soi-même.

Nous devons la traîner dans l'affreuse forêt ;
ensuite, chaque corps sera pendu sur place,
au sorbier de l'esprit qui lui fut ennemi. »

300609

Mare Tenebrarum

et

Je me suis assoupi dans l'obscurité et j'ai cru qu'il faisait lune pleine. Le vrombissement des voitures s'est mué en bruit de vagues. Je nageais dans une mer de soufre, aperçevant difficilement la côte et je pensais aux sombres créatures marines qui viennent quelques fois s'ébattre à la surface une fois la nuit tombée ; les pieuvres visqueuses et les néréides mauvaises. Alors je me suis débattu, presque noyé dans les flots glacés, et me suis enfin réveillé.

C'est étrange ; mes songes les plus glauques ont souvent un rapport avec l'océan. Je pense à la nuit où je rêvai d'une vague gigantesque qui submergeait la ville (quelques jours avant le vingt-six décembre deux mille quatre, pouvoirs occultes ?), d'une autre où je découvrais un corps décapité balloté par les vagues, ou plus récemment d'un massacre sur une plage. Nous étions des dizaines à faire la fête sur le rivage quand tout s'est mis à sauter. Des hommes masqués vinrent ensuite achever les survivants. A la fin du rêve, je me rappelle avoir erré dans la brume, avoir foulé des morceaux de corps, avoir finalement ramassé une main. J'en ressens encore la froideur.

Gabrielle Wittkop écrivait que la mer était soeur de la mort. " (...) En elle, j'entrai dans l'Hadès, avec elle, je roulai jusque dans les limons océaniques, m'enchevêtrai dans les algues, me pétrifiai dans les calcaires, circulai dans les veines des coraux... " Je ne peux que l'approuver. Elle offre un tableau funèbre ; les ondes sont des suaires scintillants sous les cieux marbrés de gris.

Et puis il y a ce garçon que je ne connaissais que de vue, disparu à la sortie d'un club il y a deux semaines et retrouvé quelques jours plus tard, à des kilomètres de là, rejeté par les courants marins. J'avais espéré une issue plus heureuse, pour lui et sa famille. Cette nouvelle ne m'a pas quitté depuis. Comme toutes les fins tragiques, incompréhensibles, teintées d'un effrayant mystère, elle m'obsède.

La mélancolie est une maladie. Je ne crois pas en être atteint mais elle me colle à la peau. On se débarrasse difficilement de ce genre de sentiments.

290609

Raf Simons, SS 2010

via catwalking

280609

Dries Van Noten, SS 2010

This is perfect.

via catwalking

Miharayasuhiro, SS 2010

via catwalking

270609

Givenchy, SS 2010

via catwalking

Hugo Boss, SS 2010

via catwalking

260609

200609

Patrick Wolf, Tristan

Ce bon bain m'a fait du bien. J'ai fait mon Pete, ma grosse Wino, ma Courtney Love l'autre nuit. Trop fatigué pour entendre la musique (You can be a sweet dream or a beautiful nightmare, Either way I, don't wanna wake up from you), entouré d'une petite bourgeoisie qui me tapait sur les nerfs, de Wayfarers optiques (hasbeen) mais de personnes attrayantes. Cela m'avait manqué, de si jolis jeunes gens. Pour commencer, il y a eu cette fille adossée au bar qui a foutu ses cendres dans ma Piña Colada fraîchement servie. Elle s'est répandue en excuses, a proposé de m'offrir un nouveau verre. Mais je la trouvais belle et drôle. On ne fait pas payer une belle et drôle jeune femme. A quatre heures, je suis descendu aux toilettes et me suis enfermé dans une cabine. J'avais bu trop vite, je n'étais pas dans le mood. Je refuse de penser que je ne tiens pas l'alcool (je déteste perdre). Je suis donc ressorti, ai fendu la foule et suis parvenu à atteindre la sortie. J'ai couru vers les ténèbres, là où personne ne pourrait me reconnaître (dernier élan de dignité), en zig zag, un catwalking de saoulard. La main plaquée sur la bouche, je me suis écroulé à plat ventre dans les bois. Mon blazer et mes mocassins s'en souviennent. J'ai néanmoins réussi à ramper jusqu'à un arbre afin de m'y laisser littéralement crever. J'étais aveuglé, à moitié sourd, à l'article du trépas (je n'exagère pas, j'ai vraiment cru mon heure venir. Je commence d'ailleurs à penser à un empoisonnement). Il y avait une masse étrange qui remuait à mes côtés. Ce que j'avais pris pour un gros tronc déraciné était en réalité une fille qui gémissait, vraisemblablement aussi ivre que moi (je l'ai chevauchée tant bien que mal, sans parvenir à dégager son antre, complètement désorienté).

Ils m'ont retrouvé quelques minutes plus tard, blanc comme un suaire. J'avais envie de vomir tous les liquides de mon corps, j'entendais les rires éthérés d'Anthéa, Niobé qui tentait de me relever et Budd qui me hissait finalement sur son dos de gladiateur. Sur le chemin du retour, alors qu'ils me traînaient jusqu'à la voiture, je l'ai entendu souffler à Jocaste : "Demande-lui. (rires)" Et elle d'enchaîner : "H., qui serais-tu prêt à épouser ? Une femme ou un homme ?"

Enfants de putain. Mon corps est saoul mais mon esprit ne l'est pas, jamais. Je divague mais reste toujours conscient de ce qui m'arrive. Voilà pourquoi je ne prendrais jamais de plaisir à être violé dans un état de haute ébriété. "Va te faire foutre, sale pute" lui ais-je répondu en grognant. Et elle a ri, as usual. Ce qui me renvoie à cette amusante nuit, il y a deux ans ; nous avions erré de bar en bar pour finir notre folle course dans une boîte d'invertis qui siégeait dans le haut de la ville. Nous avions fait la rencontre d'un sodomite qui se faisait appeller du nom d'un Saint (blasphème) et qui nous payait tournée sur tournée (ce qui arrangeait les suceurs de sang que nous sommes). Elle avait tenté par tous les moyens de me faire croire que j'avais commis les pires actions sadiennes mais c'était sans compter mes souvenirs. Pureté.

Enfin bref, une grosse loque humaine je vous dis. J'ai encore un goût de vin blanc au fond de la gorge. Je crois que je me contenterai d'eau de source et d'infusions au jasmin pendant quelques jours afin de purifier ces chairs qui m'ont honteusement trahi.


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