260909
It reminds me.


1. Odysseus und Kalypso, Arnold Böcklin 2. Guy Sargent
240909



200909
Alexander McQueen Accessories


160909
A Single Man

Je n'ai jamais aimé Tom Ford. Je le trouve vulgaire et infiniment vicieux. Seulement je vais devoir courber l'échine cette fois-ci car son premier film en tant que réalisateur, présenté dernièrement au festival de Venise, a tout du parfait joyau.
A Single Man est l'adaptation d'un classique éponyme de la littérature américaine, (de Christopher Isherwood) paru en 1964. L'histoire est celle d'un professeur de cinquante-deux ans, George Falconer, qui perd son jeune campagnon, Jim, dans un accident de voiture (♥). La vie n'ayant plus de sens malgré le réconfort apporté par Charlotte, une amie elle aussi dévorée par la solitude, il décide de préparer son suicide.
De belles personnes (dont une qui décède), des images d'une finesse enivrante et des plans à l'éclat presque onirique = étincelles dans mon esprit comme devant un Wong Kar-Wai. Impatience impatience.
150909
Boring Day

Quelqu'un est arrivé ici en tapant : "Le beau mec de l'amphi est-il gay ?"
J'aurais envie de répondre : "Probablement et comme toujours : oui."
En parlant d'amphithéâtre et de beauté : ma promotion m'a déprimé pour les cent années à venir. Que de têtes de cons, que de fadeur, que de blondeur ! (Dieu seul sait combien je déteste les gens blonds)(j'exagère)(mais je préfère les bruns personnages, au centuple).
Ces étudiants, que j'avais snobés l'année dernière, n'ont aucun attrait physique, sont sans éclat, semblent avoir un humour ennuyant à mourir et pire que tout : rient aux blagues bidonnes des enseignants, chose que je me suis toujours refusé de faire, par pure dignité, même lorsque le "trait d'esprit" s'avérait drôle.
Anecdote ridicule. Aujourd'hui, 9:30 am : Le prof d'anatomie reparle vaguement d'hernie discale et de trou de conjugaison. Sa langue fourche délicieusement sur le deuxième mot. Trou de cul-jugaison, qu'il dit. Gloussement guttural : le regard abaissé sur mes feuilles gribouillées par ennui d'inquiétants cercles à la Samara Morgan, la main dans les cheveux pour simuler l'indifférence, je ris comme une maquerelle, dans un feint silence. (...) Je suis le seul avec Niobé. Peste soit de ces enfants de putain.
060909
Passeggiata

Röyksopp - What Else Is There (Ministry of Sound Remix)
“ Ce sont des funérailles sans pompe ni splendeur. Le cortège funèbre glisse sur une eau verte et opaque comme le lierre, entre de rouges façades écorchées. Le soleil qui allume la tête de lion à l'avant du catafalque, dévore la flamme des cierges. Des gens se penchent aux fenêtres pour mieux entendre les orphelines de la Pietà, debout dans une grande barque et demi cachées sous le ninzoletto qui du dos leur revient par-dessus la tête, chanter le Miserere en double choeur, à la manière d'Adrien Willaert. On ne voit rien des autres assistants, tapis sous le secret de la felze et dont les gondoles suivent l'embarcation funèbre.
Sérénissime Assassinat, Gabrielle Wittkop
Sérénissime Assassinat est vraiment dérangeant. Enfin, il est d'un baroque glauque, raffiné, tragique et nébuleux, exactement comme j'aime que mes lectures soient alors je ne peux qu'en jouir. Mais il m'a flanqué une sorte de poids à l'estomac, tout à l'heure, alors que je m'enfonçais dans les labyrinthiques boyaux de la terre (le métro). C'est dire. Gabrielle Wittkop était une bien sacrée dame (saphiste et suicidaire). Je suis allé chercher les deux autres livres que j'avais commandé, La Mort de C. et Le Sommeil de la Raison afin de compléter ma collection.
Depuis une nuit, je reprends goût à la vie. Non pas pour avoir trouvé l'amour (je ne le cherche même plus) ou pour avoir enfin réussi à forcer clandestinement les portes grises de la morgue mais bien pour une toute autre raison dont je ne vous ferai pas part (ha !).
Je ne sais quoi faire du tout nouveau temps libre qu'il me reste avant la reprise des cours dans trois semaines, avant les cadavres humides et les dissections, avant les nouvelles amoures, la découverte de tous les nouveaux faciès du campus (et des fantasmes interdits qui s'ensuivent). Je mourrai peut-être aussi à la fin de l'année. Les spécialistes prévoient quelques quatre mille morts (je les trouve un peu excessifs) après le passage de vous-savez-quoi, cette chose dont les médias parlent tant mais dont je me fiche éperdument. J'espère simplement un trépas plus glamour.
J'ai donc passé ces deux premiers jours à lire, à écrire, à errer sans but réel dans les dédales de la ville et à (me) toucher quand j'en avais encore les forces physique et mentale. J'aimerais revoir l'océan la nuit, quand on n'entend plus que son ressac hypnotique, savourer la saveur vénéneuse de l'air du sud et les réveils non plus agités et qui vous tenaillent les entrailles, mais parfumés de la fraîche eau de Cologne et du thé qui fume dans les tasses précieuses. Je suis à deux doigts de me prendre un billet afin d'aller relaxer ce corps fourbu et ces neurones qui n'ont cessé de flamboyer. Je crois que je vais le faire. Oui je vais le faire. Je suis en manque d'eau de mer, d'érection sur le sable chaud, d'ombrelles immaculées et de breuvages polychromes et glacés.


Dree Hemingway for Purple Magazine.
030909
COS, FW 09
"Ca sent comme à la morgue" m'a agréablement fait remarquer Niobé alors que nous flânions chez COS. J'ai fait jouer de mon olfaction et en suis arrivé au même constat ; le parfum boisé, subtil et acide de cette boutique me rappelle celui des locaux où sont entretenus les macchabs à la faculté. Je trouve que l'idée s'harmonise parfaitement avec toutes ces lignes épurées, ces coupes sobres, cette ambiance aseptisée, totalement vampirique, Jil Sanderienne à mort. Ce parallèle un poil trop macabre ne sera sans doute pas du goût de tous mais moi, rien ne me fait plus bander que les choses macabres alors bon.
250809
Memento Mori, (Carnet Noir), IV

Radiohead, Everything in its Right Place
Lorsque je quittai la villa Lysis, la nuit n’était pas encore tombée. Le ciel, pareil à un lac silloné de traînées roses et bleues, semblait s'être recouvert d’un filtre cendreux et opaque, si bien que je croyais voir le monde derrière des verres légèrement fumés. Du perron, j’observai la mer au turquoise altéré qui s’étendait par delà les collines argentées. Je descendis l’allée bordée de bougainvilliers rouges et de cyprès, passai le portique de fer jusqu’à la voiture et roulai jusqu’au village. J’arrivai sur la grande place et le silence quasi surnaturel qui m’avait enveloppé jusqu'alors fut rompu par le crissement régulier de mes pas dans les graviers blancs, par le bruissement des arbres, par les feuilles que balayait un vent lourd, chargé de cendres et de particules électriques. Je marchai au ralenti, la peau comme étreinte par les faisceaux invisibles d’une toile d’araignée. L’air exhalait la saveur opiacée des corps vivants tout autour de moi, des reliquats putréfiés de ceux qui sont sous terre. Je baignais dans une sorte d’entre-deux-mondes, béat et lascif. Je m’installai à la terrasse d’une vieille auberge et contemplai le sublime paysage, mystifié par l’atmosphère apocalyptique qui m’évoquait une scène biblique ou peut-être infernale. Plutôt infernale. Les feux ravageaient les cultures du nord, avaient gagné la vallée de Belice, étaient finalement aux portes d’Agrigente. Dans quelques jours, j’aurais quitté cet endroit magnifique, si différent des autres villes que j’avais connues et surtout de Paris que je redoutais de retrouver, si ce n’est peut-être afin de revoir Pénélope. Je repensais également à Léda, créature sibylline et indomptable. Elle glisse entre les doigts comme la vapeur d’encens, vous laissant un goût indélébile sur les lèvres. Elle me manque. Grâce ou à cause d’elle, je me suis découvert. J’existe, réellement, intensément et ce mot prend tout son sens loin de mes semblables. Ils ne sont que les images altérées de ce qu’ils devraient être.
Je vis la silhouette élancée de Flavius percer au loin, redresser la mèche d’airain qui lui retombait sur le front, jeter un regard alentours. Il portait un costume de lin noir, une chemise blanche à col rond ouverte sur un torse glabre et hâlé. Je vis son visage s’éclairer à ma vue. Je lui souris en retour. Nous ne nous embrassâmes pas et je pensai d’ailleurs que cela fut préférable. Il s’installa en face de moi (durant les quelques secondes qui le séparèrent de la position debout à assise, j’avais étudié le mouvement de ses mains ; ses doigts ambrés aux ongles de nacre qui se refermaient sur le dossier de la chaise et qui vinrent terminer leur course sur les mosaïques noires de la table). Il avait toujours le sourire collé aux lèvres. Ses joues étaient roses. Le sang battait en lui comme un torrent impétueux, c’était comme si je pouvais entendre son cœur le pulser. On nous servit du vin. Je suivis l’irrésistible mouvement de sa pomme d’Adam sous la peau finement grainée. Il sentait bon. Ses yeux bruns avaient la douceur du blé et l’éclat de l’or liquide. C’était un si joli spécimen que je regrettai presque de l’avoir rencontré. Son acharnement et sa fougue de jeune premier avaient sonné le glas de sa propre fin.
/
Il plaqua son corps contre moi, passa une main derrière mon dos, enfouit son regard éthéré dans mes yeux qui devaient lui sembler aussi froids, aussi impénétrables que des cristaux de givre. Je sentis son sexe tendre sur ma chair, frôler mon propre membre douloureux, dressé comme jamais il ne l’avait été. Il soupira alors que je le serrai à mon tour et que j’enfonçais ma langue dans sa bouche, que je goûtai la saveur de l’alcool, de sa salive de vivant tellement fine si délicieuse. Jamais je n’aurais cru en finir si vite. Il porta ses deux mains à ma ceinture, je me contentai simplement de l’observer, haletant. J’avais la tête emplie d’une nuée sauvage, d’un déluge de flammes noires. La situation avait quelque chose de terrible car tandis qu’il frottait ses lèvres sur mon sexe, je le vis mort devant moi. Je tentais de repousser cette image dans les gouffres chtoniens de mon esprit. Ces visions subites ne servent qu’à brûler les étapes, précipiter les choses pour le malheur. Et pour le pire. Mais il m’aurait été plus facile de m’arracher les yeux que de réprimer ces désirs meurtriers. Je lui agrippai les cheveux, avec une douceur toute relative, tirai sa tête en arrière et le redressai. Je lui murmurai un « à ton tour maintenant ». Je le tournai dos à moi en maintenant ses épaules puis passai une main dans l’échancrure de sa chemise, rasant sa peau moite de mes doigts blancs. Les boutons cédèrent et le tissu se mis à ondoyer dans la brise nocturne. Je portai les lèvres à sa gorge et l’embrassai à nouveau. Quand mes dents pénétrèrent la chair, il tressaillit en émettant un faible gémissement de plaisir. Et puis je mordis davantage dans les tendres tissus, jusqu’à ce qu’un flot brûlant m’inonde le palais. Je crois que Flavius, même dans son état de haute ébriété, prenait conscience de ce qu’il lui arrivait. Il tenta de se dégager mais jamais n’y parvint.
Je le tuai avec un infini plaisir. Il voulu hurler mais je plaquai une main sur sa bouche et son nez. Je sentis sa langue frotter ma paume, ses coudes battre mes côtes, ses ongles griffer mes poignets. Bien qu’il fût vigoureux et athlétique, il n’était rien de plus qu’un homme en proie au lamie. Ses jambes cédèrent bientôt et tous ses muscles se détendirent dans un brusque soubresaut. Il s’écroula sur les dalles de pierre dans un bruit mat. J’avais bu à satiété, presque jusqu’à en avoir la nausée. Je reboutonnai mon pantalon souillé de nos deux fluides, sortis un mouchoir de tissu de la poche intérieure de ma veste et essuyai mes doigts couverts de salive et de spume sanglante. Adossé aux murs du temple, j’admirai ce qui restait du corps dénudé de Flavius. Ses bras et ses jambes reposaient désarticulés, sa tête était penchée de côté, dévoilant les traces de la blessure que je lui avais infligée. Elle était plus propre, moins grossière qu’à l’habitude. Comment pouvais-je penser à cela ? J’avais une fois de plus cédé à l’effroyable appel des sens. Qu’ais-je de différent de ces assassins qui ne tuent que par manque de maîtrise ? Ces aberrations de la nature que l’univers ne tolère que par dépit ? Je n’entre dans de telles considérations qu’une fois l’acte commis et il n’y a rien de pire que les regrets après l’amour. Le visage de Flavius, ce beau visage qui me souriait il y a cinq heures encore sous un obscur coucher de soleil, est désormais dénué d’expression. Ses pupilles métalliques contemplent le néant de cette terre mais peut-être voit-il déjà les rives noires du Cocyte.
Quant à ces tendres lèvres, ces doigts élégants qui me masturbaient il y a dix minutes, ils ne sont pas plus vivants que toutes les pierres millénaires qui nous entourent. Et si je lui avais laissé la vie sauve ? Qu’est-ce que cela aurait changé ? J’aurais regagné la villa Lysis, aurais souffert le martyr sans doute l’espace de quelques heures, les entrailles déchirées par une faim dantesque, par un désir qu’aucune putain, qu’aucune drogue n’aurait pu apaiser. Mais au moins Flavius aurait été en vie.
Ah comme j’aurais souhaité me fendre le crâne, répandre mes entrailles en ce lieu, finir aussi raide que lui. Au lieu de cela, l’esprit saoul et embrumé, je dévalai les escaliers la face écarlate, les vêtements éclaboussés du sang de mon bel ami, virevoltant tel un spectre entre les colonnades de granit. « Je suis le fantôme de ces ruines ! Voyez ce cadavre, il est mon œuvre ! » voulu-je hurler.
Furiæ

“ Il se fait en moi un grand silence comme si mon coeur ne battait plus et que les rouages intérieurs fussent arrêtés par une cause inconnue. La mort ne doit pas être différente de cet état si elle est appréciable pour les défunts.
Avatar, Théophile Gautier
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