220709
La folie.

Jeux des Hombres, Paris (1952), Herbert Tobias
Damnation ! Je pense que je perds la mémoire. Cette nuit, je dormais nu et me suis réveillé brusquement aux alentours de quatre heures du matin, croyant être dans le lit de D. Je me suis dit qu'il faudrait peut-être que je me rhabille, ce que j'ai fait en trombe. Bon d'accord, ce n'est pas forcément pathologique mais d'autres détails commencent à m'effrayer. J'oublie réellement certaines choses (jamais de me brosser les dents après chaque repas) et il m'arrive même d'aperçevoir des ombres filer devant moi alors qu'elles n'existent pas. La faute, sans doute, à mes jeux érotiques sans cesse plus dangereux. J'ai peur, je ne veux pas mourir sénile ou pendu par le sexe dans un placard comme David Carradine.
Hier, le feu d'artifices était vomitif mais il y avait quelques gens beaux, immobiles et extatiques près de la place du Mont des Arts. Ceci explique pourquoi j'avais plus les yeux rivés sur la foule que sur cette putainerie pyrotechnique. Je n'ai point bu d'alcool et Anthéa était absente (donc je ne me suis pas débauché)(donc l'honneur est sauf pendant encore quelques jours)(cqfd). Soirée à jeter.
210709
Désormais,
je n'appelerai plus jamais Budd, Budd. Ce sera Adonis. Le premier pseudonyme sonne trop comme celui d'un violeur des routes obscures, homme difforme et fort en proportions, qui assassine ses jeunes victimes dans les fourrées, pour se faire ensuite tailler une pipe par leur tête arrachée (comme dans Haute Tension). Adonis n'est rien de tout cela. Il est allé dernièrement faire ses premiers polaroïds dans une grande agence de mannequinat (je suis un peu jaloux). J'ai du mal à l'avouer, mais oui : je choisis mes amis en fonction de leur beauté. (...)
Adonis est en Roumanie depuis quelques jours. Je ne sais pas trop ce qu'il est parti y faire. Il ne reviendra sans doute jamais (dans les Carpates, il existe des corporations clandestines où l'on peut payer pour torturer des touristes)(mon rêve).
Campaign Jil Sander Fall 2009 by Willy Vanderperre



120709
Μορφεύς


J'ai fait un formidable rêve érotique cette nuit alors que je me plaignais encore il y a deux jours de la si frustrante chasteté de mes derniers songes. J'ai été gâté. Enfin, pas jusqu'au bout car j'ai émergé au moment où je m'apprêtais à jouir. J'ai dormi jusque trois heures de l'après-midi dans l'espoir qu'il reprenne là où il s'était si cruellement interrompu, en vain. Je suis très triste.
Les rêves érotiques sont aussi importants que le sexe réel, la bonne nourriture ou un vêtement de qualité. Il n'y a qu'en eux que l'on peut satisfaire ses fantasmes les plus immoraux, les plus inavouables, les plus secrets. Cette nuit donc, j'ai transgressé un grand nombre de lois humaines. Si j'avais commis l'acte dans la réalité, j'aurais certainement été catalogué comme déviant et ma famille m'aurait sans doute déshérité. Quelle frustration de me dire que je n'y suis même pas arrivé au bout. Voyons le bon côté des choses : je n'ai pas eu à changer les draps. Cette fois-ci.
Quand il fait très chaud, j'aime asperger les coussins et les couvertures d'eau de Cologne ou de parfum à la lavande. Après une douche froide, c'est une bénédiction que de s'enfouir dans des linges qui exhalent de si divines fragrances. Essayez !
Un proche originaire de Paris m'a ramené une paire de lunettes ancienne, d'inspiration début de siècle, authentique et sublime afin de parfaire ma collection qui approche désormais de la dizaine de pièces. Elles sont en métal or, hexagonales, les branches ciselées et l'on peut y adjoindre de fins verres solaires. Elles dorment pour l'instant dans leur écrin de cuir noir, tapissé de velours bleu électrique. Je suis un amoureux de ces petites choses. Les lunettes et les vestons. Je ne peux leur résister.
090709
Spring, Summer 2010
Ici s'achève la liste des collections masculines qui m'ont fortement plues. Il n'empêche que ce fut une décevante saison. Les défilés milanais étaient, à mon sens, les plus cheaps de tous contrairement à Paris qui abritait, bien heureusement, les plus lumineux.
Dries Van Noten remporte la palme ; j'ai adoré le mélange d'imprimés, parfois assez étranges, les coupes classiques et le choix judicieux des mannequins au teint velouté, formidablement assortis aux tenues (c'est important). L'esthétisme général du show m'a véritablement dressé la verge. Tout cela me fait penser à un long coucher de soleil que l'on contemplerait assis sur les marches d'un escalier de marbre blanc (soupir).
Lanvin m'a effrayé de prime abord mais une relecture attentive de la chose m'a persuadé du contraire. On note : pantalons à pinces et taille haute, trenchs parfaits et matières brillantes, jusqu'au détail du "collier miroir", de la finesse des cravates ou de la moustache tracée au pinceau totalement dandyesque.
Je ne pouvais me détourner de Givenchy parce que c'est Givenchy et que je lui reste fidèle. Inspiration nord africaine, sarouals et tartans à sequins (je n'aime pas ce mot), golden mandals et grosses bagues à fendre un crâne en deux, je dis oui sans grande euphorie.
La mer sous le ciel vide, les bateaux blancs sur le port, voilà à quoi je pense quand je regarde la fabuleuse collection que nous a livré Bruno Pieters pour Hugo Boss. Je retiens les lignes pures des pantalons carrot qui se portent avec les désormais incontournables spartiates, accessoires phares de bon nombre de défilés de cette saison et les vestes tantôt sans manches, tantôt parées d'écailles dorées me faisant indubitablement penser, et je ne sais pas vraiment pourquoi, aux plastrons précieux des héros grecs. J'applaudis donc avec fort enthousiasme (parce que j'adore tout ce qui brille, I'm a magpie).
Miharayasuhiro (paie ton nom imprononçable) m'a également séduit parce que, outre ce qui brille, j'aime tout ce qui est noir. Ou du moins obscur. Et puis surtout si les pièces sont portées par des mannequins au regard sinistre, c'est un plus. Superpositions intelligentes, pantalons larges et chemises aériennes, sandales cloutées, tee-shirts lacés ou étincelants ; Miharayasuhiro (juste pour le plaisir de m'entraîner), c'est l'élégance décontractée.
Vision mature, presque sévère chez Raf Simons qui semble s'amuser avec le nouveau symbole de sa maison (le serpent). Les tailles se serrent, les bras et gorges s'ornent de ceintures aux boucles reptiliennes. Contemplation béate de quelques instants sur le fabuleux trench oversize ou sur les tuniques de gaze imprimée.
nb : Raf Simons (ou comment passer de l'avant-garde au classicisme chic) a également présenté la collection Jil Sander qui aurait également très bien pu figurer ici tant ce fut une réussite.
080709
Lanvin, SS 2010




040709
L'Enfer

Dante et Virgile en Enfer, William Bouguereau (1850).
On ne peut résister aux oeuvres du peintre tant elles sont parfaites. J'y vois ici sans doute le plus sombre de ses tableaux, emplein de réalisme, d'éclat, de brutalité presque érotique. Seul Virgile semble s'intéresser à la scène de "mise à mort" (ou de torture il est vrai, car on ne peut tuer quelqu'un qui est déjà trépassé), vampire infernal contre damné. Le regard de Dante (au profil délicieux) est, quant à lui, fixé au loin. Pourquoi ? On s'en fout.
Pour rappel ; le poète italien, Dante, débute son périple initiatique dans les Enfers, accompagné du philosophe Virgile. Enfers qui sont, par ailleurs, construits comme une sorte d'abîme gigantesque en forme d'entonnoir, divisé en neuf cercles au niveau desquels sont envoyées les âmes pêcheresses. Elles y subissent les châtiments - souvent corrélés aux fautes qu'elles ont commises - qui sont d'autant plus horribles et pénibles que l'on descent vers le fond de ce royaume souterrain. La lecture m'a quelque peu troublé. Rien que le fait de ne pas avoir été baptisé me fait valoir une place dans le premier cercle...Il faut avouer que je suis un peu effrayé pour la suite.
Dante les traversera donc tous jusqu'à la demeure de Lucifer et gagnera ensuite le Purgatoire, montagne qu'escaladent les morts qui se sont repentis. Il y fera la rencontre de Béatrice qui le mènera enfin aux portes du Paradis.
La Divine Comédie : L’Enfer - Chant XIII
(...)
Lorsqu'une âme trop fière est enfin séparée ;
du corps dont elle s'est elle-même arrachée,
Minos la précipite au septième des cercles.
Elle tombe en ce bois, mais sans choisir sa place,
au point où le hasard l'a voulu projeter,
et finit par germer, pareille au grain d'épeautre.
Un rejeton en sort, qui devient bientôt arbre ;
et, en venant ronger ses feuilles, les Harpies
ouvrent un seul chemin à la peine et aux pleurs.
Nous aussi, nous irons chercher notre dépouille,
mais sans qu'aucun de nous s'en puisse revêtir,
car on ne peut ravoir ce qu'on jette soi-même.
Nous devons la traîner dans l'affreuse forêt ;
ensuite, chaque corps sera pendu sur place,
au sorbier de l'esprit qui lui fut ennemi. »
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