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L'amort.
1599, les moines capucins, à Palerme, découvrirent que les catacombes et le sous-sol de la ville contenaient une matière mystérieuse qui momifiait les morts...

L'esprit encore hanté par le spectre des visages figés dans la mort, de la chevelure solaire de l'enfant défunte, comme si l'astre lui-même, de son or, l'en avait impégnée. Tandis que je contemplai l'angélique, étendue dans son cerceuil de verre, je tentai d'imaginer les pleurs, la funèbre procession, les oliveraies et les cris de la Mère. L'amour dans la mort. La mort dans l'amour. Caprice de veuve thanate. Pas de miséricorde. Et dans la pénombrité de ces longs couloirs, je respirai les cendres âcres des cadavres séculaires, exposés aux regards presque blasphématoires des visiteurs. J'étais l'un de ces visiteurs, non pas horrifié par le sinistre spectacle, mais fasciné. L'Enfer, le temps jaloux qui emporte, emboit les humeurs, putréfie et qui ne laisse au final qu'une chrysalide pâmée ne me semblait plus aussi terrifiant. J'avais alors une sorte de douleur contenue.
mai 2007
Je suis retombé sur ces phrases écrites il y a deux ans (ma période romantique), quelques jours après avoir visité les Catacombes de Palerme, en Sicile. Quelle étrange expérience. Je me suis renseigné à nouveau sur le sujet et ai contemplé quelques photographies afin de me remémorer l'instant. Nous errions dans ces longs couloirs de briques blanches, parmi les rangées de corps tantôt étendus dans les alcôves, tantôt accrochés aux murs, la tête pendant dans le vide. Je revois les moines aux traits déformés, presque infernaux. Le premier à y être exposé s'appelait Silvestro de Gubbio, trépassé en 1599. Les moines, plus que les autres, avaient un pouvoir effrayant ; celui de hanter les mémoires, avec leur lèvres retroussées, leur sourire carnassier et leurs joues gonflées.
(L'enfant dont je parle dans le texte est la dernière dépouille - sans doute la plus impressionante - à être entrée chez les capucins dans les années vingt. Nonente ans après sa mort, la jeune Rosalia Lombardo, poupée à la chair cuivrée, semble presque dormir.)
Je me souviens m'être isolé du groupe car ce genre d'expérience ne peut se vivre que seul. J'abhorre les guides et leur flot de paroles incessants. Ils vous empêchent de profiter pleinement d'une oeuvre. J'aime passer du temps devant un tableau, une sculpture ou, dans ce cas-ci, un cadavre. Il faudrait, pour bien faire, en étudier chaque détail. Se dire que ces lèvres embrassèrent jadis, que ces paupières tendues, éternellement closes sur leurs orbites sombres papillonnèrent à l'aube, que ces mains parcheminées, que ces doigts, ces peaux friables en caressèrent d'autres, vivantes et chaudes. Quant aux sexes, tous ces sexes, y pense-t-on jamais ?
Je me retrouvai donc seul, face aux corps. Le couple d'enfants assis côte à côte, les nourrissons enrubannés de dentelle, les Vierges muettes, les jeunes homme coiffés du bicorne et les vieillards racornis, tous les habitants de cette étrange demeure souterraine, nous les violions par nos yeux, par nos rires pour les plus stupides, par nos pleurs pour les plus sensibles. Ces souvenirs me dérangent. On ne contemple pas la Mort sans qu'elle ne vous marque. Elle éloigne, dégoûte, attire et fascine. Elle est une passion interdite, aisément accessible, dangereusement proche.
J'aimerais y retourner, j'y pense souvent.
"Se dire que ces lèvres embrassèrent jadis, que ces paupières tendues, éternellement closes sur leurs orbites sombres papillonnèrent à l'aube, que ces mains parcheminées, que ces doigts, ces peaux friables en caressèrent d'autres, vivantes et chaudes. Quant aux sexes, tous ces sexes, y pense-t-on jamais ?"
my god, xaphan, lire tes lignes est une expérience à la fois jouissive et frustrante. On se délecte de ce style particulier et raffiné, qui semble révéler la véritable raison d'être de ces mots que nous utilisons pourtant nous-mêmes, mais on ne peut pas s'empêcher de s'énerver un peu (oui, qd un truc est TROP génial, ça énerve)
Mais comme je suis bonne joueuse, je dirai juste, bravo pour ce texte magnifique. :)
Quant aux sexes, tous ces sexes, y pense-t-on jamais ?
Cette phrase m'avait marquée, quand j'avais lu Le Nécrophile.
Mélanie : Ca me touche vraiment. Merci pour ce joli commentaire.
Claire : Oh ! Je ne suis donc pas le seul à l'avoir lu. C'est un livre magnifique qui gagne à être connu.
Elle m'avait marqué également et fait désormais partie de mes citations fétiches. La phrase exacte était "quant aux sexes sous la terre, y pense-t-on jamais ?"
Tu en avais fait l'éloge le temps d'un article il y a quelques mois, et l'extrait que tu avais retranscrit m'avait donné furieusement envie de le lire, le lendemain je le commandais. Comme ça tu sais tout ;)
Mais quelle est cette magnifique chanson que j'entends ? =')
ps > I'm still reading you xaphan.
Si j'y vais cet été, on se donne rendez vous à l'entrée ?.
c de toi les foto? et sur tumblr?