270409
Prada, FW 2009

220409
Lui.

Conrad Veidt, The Man Who Laughs
Avec mon frère, celui qui a un gros phallus, nous avons toujours aimé nous faire peur. Plus jeunes, nous nous êtions même créé, du ciment de notre fertile imagination, notre propre boogeyman que nous avions très sobrement baptisé Lui. Nous aimions à penser qu'il venait nous rendre visite la nuit, posté près de notre lit, dans le noir, ou son visage collé au nôtre. Bien sûr, je n'ai jamais eu de preuve concrète d'un hypothétique passage, si ce n'est ces maux douloureux à l'entre-jambe.
Le matin, au petit-déjeuner, nous nous posions donc mutuellement les fâcheuses questions : "Alors ? Il est venu ? Tu l'as vu ? Je crois que je l'ai senti." Et notre mère de nous fixer de son regard inquiet. "Mais de qui parlez-vous ?" --- "De lui !" --- "Qui ça ?" --- "Lui !"
Que nous êtions drôles. L'autre soir, au gré de mes péregrinations, je suis tombé sur cette image qui m'y a fait repenser. Dans mes souvenirs, il avait tout de même les yeux moins mutins. BTW.
Bonne nuit.
nb : Après relecture, je me dis qu'avec un tel titre, on pourrait croire que je m'apprête à parler d'un boyfriend. Mais non. Lot of laugh ?
Clorox Blue, Steven Klein
170409
Cry Me A River

Cry Me A River (Julie London cover)
150409

Campaspe, ma bien-aimée, est rentrée de son voyage à l'étranger. Je l'ai vue marcher au loin sur le campus, vêtue, comme à son habitude, de la plus délicieuse façon. J'appréhende l'instant des nos "retrouvailles". Le tonnerre gronde. C'était à prévoir ; il a fait extraordinairement chaud ces derniers jours. Désormais, le ciel est lourd, la brume est électrique (film à voir) et la ville, par la fenêtre, à des couleurs de fin du monde.
Me suis fait accoster hier, du côté de la Bibliothèque Royale, par un militant pour l'environnement. Il portait une chemise bleue déboutonnée, laissant entrevoir sa blonde toison. Il m'avait l'air sympathique, quoiqu'un peu trop insistant (son visage était à deux centimètres du mien. Cruel manque de délicatesse) alors je l'ai laissé parler avant de l'envoyer paître.
--- J'ai un rendez-vous. Je suis déjà en retard, ais-je dit en lui montrant ma montre (qui n'en était pas une mais un bracelet en cuir noir rehaussé de clous SM. Oui). --- Ca ne durera que deux minutes ! --- C'est déjà trop. --- Très bien, une minute !
Je compris qu'il ne me lâcherait pas. (Le charme a opéré, aurais-je envie d'écrire.)
--- Je vous écoute. --- Nous menons des actions pour la...(il me montre un prospectus) --- Ah mais je connais bien, oui. Je suppose qu'il me faudra vous donner mon numéro de compte ? --- C'est ça.--- Vous allez rire mais...Je n'ai pas de compte en banque.
Je fus le seul à rire. Je crois même qu'il s'est moqué de moi. Mais comment pouvais-je lui expliquer que je garde toutes mes richesses dans un coffre en titane dissimulé sous un saule, et qui ne peut être ouvert que par un code tatoué sur les revers de mes lèvres ? Ce n'est, certes, pas très pratique mais avec la crise et les milliardaires qui se suicident (ça m'excite), rien n'est trop sûr pour mes lingots.
--- Il y a une banque à deux pas d'ici. On pourrait y aller et t'en ouvrir un ? a-t-il dit. --- Qui vous a permis de me tutoyer ? (non, ça c'est faux, je n'ai pas osé le dire). Il n'empêche que je ne sais ce qu'il avait tenté d'insinuer avec pareille proposition (ou de combien il comptait m'extorquer) mais j'ai rapidement conclu l'échange :
--- La minute est écoulée. Au revoir.
Je lui ai fait la révérence et me suis envolé vers mon rendez-vous pressant : arrivé juste à temps je suis avant la fermeture de la boutique vintage. J'y ai trouvé deux vestons. L'un dans les tons chrome-blé (une sorte de jaune-or indéfinissable) et l'autre noir, croisé, aux boutons éclatants. Alors oui, le jaune peut choquer mais je rappelle aux plus suce-pis-cieux qu'il est une des fashion men trends de ce spring summer deux mille neuf (personne n'en a rien à foutre mais au moins, ça me sert d'excuse).
040409
Like Two Ships Passing In The Night
J'écoute en boucle, comme l'année dernière à la même période, In My Bed de Wino. Je crois qu'avec Back to Black, c'est celle que je préfère parce qu'elle éveille en moi de profonds désirs. Et puis l'instru y est monstrueuse. Bien avant d'avoir vu le clip, je m'étais imaginé à ses côtés, déambulant dans une grande demeure louisianaise, l'air empli des vapeurs de tabac et de parfums sucrés. Nous quittions les invités pour nous promener dans un immense jardin éclairé par quelques flambeaux épars, elle vêtue d'une robe noire moulante, les lèvres rouges sang, moi en smoking à noeud pap' léopard. Nous finissions enlacés, l'un dans l'autre, alors que je la besognais sur un muret, sagement dissimulés par une cascade d'acacias blancs. J'ai l'imagination fertile. Fertile est d'ailleurs un mot que j'aime beaucoup.
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