-->

310309

72238

NightWaves - She's Electric

Gala de médecine : j'étais complètement bourré. J'ai tout naturellement enchaîné une pléthore de chorégraphies honteuses, me suis lascivement traîné sur le sol après m'être enfilé Pierre sur Pierre bière sur bière, deux ridicules verres de champagne à 6$ et un mojito parce que je trouve la menthe un peu écoeurante à la longue. Les toilettes n'étaient pas payantes donc la file supportable. Pas comme la soirée de novembre dernier où tout le monde avait dû pisser sur les tapisseries et où j'avais défoncé le videur black de deux mètres qui nous empêchait de sortir parce problème avec les préventes avait-il dit. J'en ai rien à foutre de tes préventes, je veux me barrer t'as compris, que j'avais répondu avec l'audace d'un pilier de bar.

Enfin bref. Un remix de NightWaves est passé et j'ai gueulé comme un goret avant que Niobé, perchée sur ses escarpins en daim noir, ne m'entraîne sur un grand podium recouvert de toutes les putes et gogos en devenir de la fac.

Embrasse-moi.

Je m'exécute.

Fourre-la moi Avec la langue maintenant.

Non.

Mais si !

Non.

En vérité, j'avais la gorge aussi sèche que la chatte d'une septuagénaire morte. La chanson s'est terminée et je suis allé me rechercher une bière. Enfin, Niobé et sa poitrine s'en sont chargées histoire d'appâter le barman et d'accelérer la commande. J'en ai déduit qu'elle ne m'en voulait pas. Dix minutes après, nous nous refrottions le sexe l'un contre l'autre.    

290309

247ys0

Une deuxième adaptation du Portrait de Dorian Gray vient d'être réalisée. Comme je viens de relire le bouquin (qui est un pur bijou, je le rappelle), cette nouvelle me ravit. Seule ombre au tableau (magnifique jeu de mots n'est-il pas) : l'acteur qui incarne Dorian, j'ai nommé Ben Barnes, l'immonde. Ce dernier, pataud et inexpressif, ne ressemble en rien au jeune homme blond, candide et délicieux qui est décrit dans le livre et que j'avais imaginé avec un physique proche de delui de Ryan Phillippe à l'époque de Sex Intentions. Là, merci bien. Je ne sais par qui jouera Sybil Vane mais j'espère qu'elle sera plus baisable que celle de la version d'Albert Lewin de 1945.

100309

Carnet Noir, III

jim

Dead can Dance - House of Seraphin

Quatorze avril.

Jim est un américain tout juste âgé de dix-neuf ans. Deux ans de moins que moi, au moment de ma mort. Jim aurait pu être modèle ; mince et grand, des lèvres écarlates, des cheveux lisses et courts, gominés à l'ancienne, une peau d'ivoire douce comme celle d'une pêche, sans imperfection. C'est aussi pour cela que je l'ai choisi. La Mort l'avait marqué de son sceau. Je jubilais d'une telle providence ; nos chemins se croisèrent à une centaine de mètres seulement de l'appartement, solitaires dans cette immense avenue. Il errait paumé et grelottant, ne sachant où aller, fauché comme les blés. Il ne s'est pas effrayé au premier abord et m'a demandé un bref renseignement. Quatre mois d'abstinence criminelle ; je tressaillais d'excitation. Où comptes-tu finir la nuit, lui demandais-je. Haussement d'épaules. J'ai une grande chambre d'ami à la maison. Il refusa timidement, aussi commençais-je à le rassurer. Ce n'est que pour une nuit, n'est-ce pas ? Tu repartiras demain matin. Il était inutile de lui rappeler la situation. Il était hors de question qu'il passe la nuit dehors. Le froid aurait raison de son entêtement. Qu'importait le lieu en fin de compte, pensais-je, il n'y survivrait pas. Je le priai une fois de plus et il finit par accepter. Ce garçon était vraiment parfait.

Jim porte une chemise fine et fluide déchirée au niveau des épaules, a le bras gauche tatoué d'un dessin floral. Il parle un français correct et adorable, ses mots sont teintés d'un léger accent transatlantique. Il est cinq heures du matin. Jim est à présent saoul et drogué, affalé sur le divan, les yeux clos. La musique est en sourdine, le salon dans la pénombre, faiblement éclairé par la lueur ambrée d'une lampe à huile. Assis sur le sol, adossé au canapé et une cigarette à la main, je profite de son assoupissement pour écrire ces quelques lignes.

Quinze avril.

Hormis quelques coups de genoux dans le ventre, Jim ne s'est pas vraiment débattu. Il a très vite cessé de bouger. J'ai soulevé sa chemise jusqu'au menton, caressé et baisé ses tétons qui ne sont que deux minuscules taches roses sur sa poitrine juvénile. Plus tard dans la matinée obscure, lorsque le monde est encore plongé dans l'épais silence qui précède l'effervescence du jour, je l'ai installé sur mes genoux, son visage dans le creux de mon cou, ses bras par dessus les miens, ses jambes de par et d'autre de ma taille. Mes larmes ont coulé le long de son dos en deux fines traînées argentées. Je nous aperçus dans un miroir, enlacés comment deux amants (comme j'aurais souhaité qu'il en soit ainsi !), ma face blanche brillante des pleurs, comme maculée de mercure. Il est ma marionnette. Une marionnette à l'existence si courte. Jim, mon pantin éphémère ; je devrai bientôt m'en séparer. Je sens mon coeur battre d'excitation et les ondes traverser ses chairs encore tièdes.

J'ai emballé ses vêtements soigneusement pliés dans un sac plastique. Il ne rentrera jamais chez lui ; demain je l'enverrai goûter aux fonds noirs de la Seine, à la poussière des catacombes ou aux oubliés du Père Lachaise.

Dix-sept avril.

Ma place aux Enfers est désormais assurée. Pouvait-on encore en douter ? Mon âme est comme la feuille de papier tendue au dessus des flammes, comme l'agneau donné en pâture aux loups affamés. Elle est corrompue par de noirs désirs, dévorée par d'immorales passions. Elle n'est plus qu'un liseré cendreux dans le creuset incandescent de mes entrailles. Je l'ai sacrifiée pour une non vie de débauche et d'amours meurtriers. Me racheter ? L'éternité pour rédemption ne me serait suffisante.

Déjà hier, Jim n'était plus qu'une pâle figure de cire. Il avait perdu toutes ses fraîches couleurs. Disparu le rose de ses tendres joues, le carmin de sa bouche, même l'azur de ses yeux semblait s'être altéré. On aurait pu le croire endormi, presque transparent dans le lit défait. Le jour se levait dans trois heures. J'emmitouflai le corps dans un drap blanc, comme à mon habitude. Il n'était pas vraiment lourd, mais bien trop grand pour que je fusse capable de le porter à bras jusqu'à la voiture. Je le traînai donc jusqu'au palier, à travers l'appartement, chose qui ne fut pas de tout repos, le drap glissant difficilement sur les tapis. Je descendis les escaliers de l'immeuble désert avec précaution, évitant de brutaliser la dépouille puis le déposai derrière la lourde porte en bois, le temps d'ouvrir celle de la voiture que j'avais expressément garée en face de l'immeuble, suffisamment proche pour m'éviter de trimballer le corps dans la rue. Car ces instants, comme ceux de la séparation ultime, sont toujours les plus périlleux. Je le couchai délicatement mais ses jambes, durcies par la rigueur mortelle, dépassaient largement de la banquette. Je pliai ses genoux avec difficulté et parvins enfin à lui faire adopter une position acceptable.   

Je me frayai un passage sur les berges du pont Saint Michel, essoufflé, les bras douloureux. Jim s'enfonça dans les flots lentement et son corps blanc brilla du feu de l'autre monde au travers des eaux verdies par la lueur des lampadaires. Je murmurai un douloureux Adieu alors que son visage s'évanouissait à jamais.

Sur le chemin du retour, je croisai un mendiant crasseux et barbu, pelotonné dans une masse de tissus rapiécés. Il me suivit du regard et ne dit mot. Sans doute était-il plus chanceux que moi, ignorant de l'Abomination qui sévit une fois l'astre éteint, et des crimes que nous commettons derrière les murs de nos somptueuses demeures. Je revins vers lui, mes pas résonnant en écho dans l'endroit désert et puant, m'accroupis à son niveau et déposai mon drap mortuaire à ses côtés. Je pus lire la crainte dans ses yeux embués. Quant à lui, je ne sus ce qu'il vit ou ce qu'il crut voir qui pu l'effrayer autant. Qu'étais-je pour lui ? Savait-il ce qui se cachait en dessous du masque de la fausse candeur ? Je glissai finalement quelques billets dans sa main tremblante et regagnai la voiture.

050309

Boyd_Holbrook04

Archive - Bullets

Non, je ne suis pas mort. A votre grand désespoir (et au mien également). Il se trouve que dernièrement, j'ai entamé un nouveau chapitre de ma vie (et c'est le cas de le dire). J'ai, en effet, trouvé le courage d'aller présenter quelques extraits de mon bouquin à un grand éditeur (par le biais d'une amie qui travaille dans l'édition, cela va de soi, pistonnage is life) et devinez quoi, il a adoré.

Il m'a cependant demandé d'éviter l'auto-censure (car, selon ses propres mots, l'inspiration est corrompue par la contenance), m'a conseillé de me laisser aller davantage et de faire fi des codes moraux. Nous avons parlé d'une potentielle couverture de luxe, tout en cuir matelassé avec le titre et mon nom gravés en lettres d'or si les ventes s'avéraient bonnes. J'ai trouvé l'idée formidable. Je suis resté digne, certes, mais j'avais vraiment envie de tout casser tant j'étais euphorique et, pourquoi pas, de le retourner sur le bureau, lui, sa secrétaire et tout le staff avec.

Enfin, je l'aurais certainement fait si tout ce que je viens de vous raconter avait été vrai. Soit.

Hier, je marchais nonchalemment sur les hauteurs de la ville, sous une lune extraordinairement lumineuse, quoi que non pleine, quand ces vagues de lyrisme me sont venues à nouveau. Elles me sont apparues soudainement, et les phrases se sont enchaînées, tellement satisfaisantes que je me surpris à les réciter à haute voix, ce qui choqua quelque peu le passant que je croisai au détour d'une rue. Je crois que les derniers mots sonnaient comme, j'vais te crever enflure D'un gourdin en argent massif, je lui assenai un unique coup à l'arrière du crâne. Il s'écroula au bas du fauteuil et cracha son dernier souffle dans une pathétique danse convulsive. Pas de quoi casser des briques non plus.

En parlant de gourdin ; ce matin, à mon réveil, je me suis senti obligé de m'épancher sous les couvertures, presque suffocant car il est de notoriété que le manque d'air augmente le plaisir sexuel. Mais là n'est pas la question, je suis en train de manipuler un marteau en me le tapant - délicatement - sur le crâne et j'en viens à me dire qu'il doit être horrible de recevoir un tel objet dans la tronche. C'est grossier, violent, ça laisse des traces partout. C'est une chose qui manque cruellement de raffinement. Rien ne vaut une bonne balle de revolver dans le coeur ou une ampoule de cyanure (portée en pendentif, au cas où) pour qui souhaite partir avec dignité et romantisme (d'un côté, qui se suiciderait en se frappant à coups de marteau, sincérement).

« Accueil  1