201008
Her black lips

Elle est assise sur les marches du perron de cette vieille maison de campagne. Il doit être midi. J'entends le chant hypnotique des grillons, le ciel est vide, gigantesque miroir azur. Je respire un vent sucré, de l'autre côté de la route s'étend un océan d'or et de bronze. Trois marches plus haut, il y a cette fille, déjà croisée plusieurs fois. Un visage dénué d'expression, sans identité. Le genre de personne dont on ne se souvient que très rarement. Mais elle, comment l'oublier, comment ne pas la reconnaître. Je m'approche, un peu gauche, un peu gêné. Elle m'invite de son regard sombre à m'asseoir à ses côtés. Elle ne porte pas de parfum. Sa peau laiteuse contraste étrangement avec sa petite robe grise. Vénéneuse walkyrie. La jeune femme derrière nous se retire silencieusement. Nous ne sommes plus que deux. Je pose mes lèvres sur son épaule ; je la couvre de baisers, remonte jusqu'à sa nuque. Elle se détourne, m'emprisonne les bras et tend , à son tour, ses lèvres noires vers les miennes. Je me noie dans ses yeux.
Oh, quelle belle soirée je passai. Amy qui me visite, lumineuse et aérienne. L'on aurait dit qu'un sang divin l'avait ramenée à la vie, l'avait guérie pour l'éternel. Même sa chevelure, relevée - comme à l'accoutumée - en une structure défiant les lois de la gravité était comme sublimée, rendue brillante comme l'obsidienne. Devrais-je y voir un quelconque signe funeste ? Ou bien, au contraire, est-ce, enfin, là le temps des bonnes augures ? Pray for the Queen.
Je me suis éveillé mélancolique et barbouillé, comme à chaque fois que je rêve d'une personne qui me plaît. Excité ? Bouillonnant comme une marmite de sperme que l'on aurait trop longtemps laissé sur le feu ? Non. Plutôt amoureux, pour quelques heures, voire quelques jours. La dernière en date fut une autre chanteuse très connue dont je tairais le nom. Mais l'aventure hédonique ne dura guère longtemps. Etrange mécanique des Rêves. En tous les cas, s'il y en a bien une sur laquelle j'ai essuyé moultes fantasmes, c'est bien Anadyomène. Un nom de déesse pour cryptonyme ; une créature qui me donne des palpitations lorsque d'aventures, Hermès me permet de la croiser. Celle qui me fait bégayer niaisement, celle qui me fait avoir mes premières défaillances cardiaques alors que je n'ai pas encore vingt ans. Celle qui brille de beauté, d'intelligence et d'élégance royales. La seule, sans doute, pour laquelle j'eus de véritables sentiments. Celle là, j'en rêvais toutes les nuits.
191008
GRACE JONES
131008
Robert Geller / SS 09'
Moi j'aime bien les créateurs inconnus du public de base. Les petits nouveaux, ceux qui tentent de se faire un nom. Tous ces artistes talentueux qui débutent en ouvrant l'une et l'autre boutique de par le monde et dont personne n'en a rien à foutre hormis ceux qui appartiennent à la caste overclosed des fashionistes arrogants, eh bien tous ceux-là, je les trouve übercool.
Aujourd'hui, ce sont vers les créations de Robert Geller que mes envies se sont portées. Bon okay les gars, Robert Geller n'est pas un de ces petits nouveaux qui vient d'ouvrir une boutique minable. Geller est un designer New Yorkais d'origine allemande ayant bossé aux côtés d'Alexandre Plokhov (qui ?) pour Cloak mais également auprès de Marc Jacobs, à l'époque où il ressemblait encore à un beignet. Mais ca, on est bien d'accord, on s'en tronçonne le bouleau.
Je vous livre ici un aperçu des pièces qui collent parfaitement avec mon état d'esprit actuel. Etant donné qu'il n'y a plus vraiment de saison et que ces derniers jours furent particulièrement cléments en terme de températures, vous vous doutez bien que je ne me suis pas gêné pour devancer les tendances. J'ai, en effet, adopté ces éléments avant même de tomber sur le travail de mon ami Robert. Ne suis-je pas foutrement génial ? Si, je sais.





On retiendra le chapeau (mon nouvel accessoire fétiche après les lunettes noires), les necklaces et autres décorations d'encolure, ce ton colombin délavé (and, of course, l'indémodable gris) et les vestes un poil trop grandes pour l'effet dégaine nonchalante. Une allure romantico-baroque, à adopter sans hésiter pour aller boire un kir sur la terrasse du Dead Horse au déclin du jour.


051008

03:00 am. Qu'il est bon de se taper un rail de note alors que des badauds luttent avec les tornades dehors et qu'il pleut comme vache qui pisse. J'entends le tonerre gronder, la pluie marteler les fenêtres et je ne me sens que mieux, ici, au chaud, dans la pénombrité de cette chambre grise.
Je n'aime pas les gens qui racontent leur vie. Je la trouve tellement naze par rapport à la mienne. Il n'empêche que cette nuit, j'ai décidé de me livrer un peu à vous, chers junkies. Bon rien de très transcendant, certes.
Anthéa (amante spirituelle) m'annonce quelques heures plus tôt que son collègue homosexuel de vingt-et-un ans a flashé sur moi (selon ses propres mots) après être tombé sur une photographie qui traînait dans son sac. Il lui demande si je pourrais être intéressé. Elle répond non. Il lui demande si je suis du genre macho. Elle répond non. Elle en déduit qu'il est plutôt du genre à prendre qu'à donner. (De mon côté, j'en déduis qu'elle a été très conne de ne pas le remballer sec.) Anthéa continue son récit le sourire aux lèvres. Cette histoire m'amuse. Elle reçoit un message. Le gars insiste pour une rencontre et décide d'organiser un fucking love date le soir même. Elle tente de me calmer en m'assurant qu'"il est vraiment très beau". Je reste pantois. "Et alors crazy bitch ?!" lui réponds-je les yeux écarquillés. Il nous harcèlera toute la nuit durant. Nous ne répondrons pas à ses appels. Je ne serai pas ton fourre-bite du soir, boy. I'm not gay. Du moins pas pour l'instant.
Et puis un peu plus tôt dans la soirée, je marchais d'un pas pressé dans une Rue Neuve bondée (sorte de Châtelet bruxellois mais en mieux car je suis désolé mais Châtelet les Halles, on dirait un décor de Total Recall en moche et sans Schwarzenegger) quand une grande gigue de blackos looké comme Mia Frye s'écrie en me pointant du doigt "C'est le gars de la Star Ac' !". Les passants alentour qui se retournent. Mon sourcil droit qui se relève. Et moi planté là, comme Tom Hanks après un crash d'avion sur une île déserte. Grand moment de solitude. Je cours ensuite m'enterrer derrière un comptoir Hennes & Mauritz.
Quand je vois les têtes de la promotion 2008, j'ai du mal à le prendre comme une sorte de compliment (d'ailleurs qui le ferait ?). Sans doute ce badaud aura-t-il confondu avec Secret Story ou avec ces geignards poisseux de la Nouvelle Star. Mais encore une fois, rien de très gratifiant. Il aurait crié "C'est le frère d'Amy Winehouse !", j'aurais dit oké, cool guy. Mais la chose aurait été peu probable étant donné qu'Amy Winehouse n'a pas de frère. J'éviterai la prochaine fois de me promener en tenue de scène.
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